Quelques semaines plus tard...

- Nina sur la dune

- Jeunes visiteuses à la pause, sous l’acacia.

On a encore les pieds dans le sable et la tête dans le ciel de Mauritanie. On échange nos photos sur CD. Loïc nous envoie des poésies. Bizarre. J’avais pourtant les pieds sur terre, avant. Avant, je ne savais pas, tous ces amoureux du désert, ce qu’ils y trouvaient. Marcher là ou ailleurs, quelle différence ?
Maintenant, je commence à comprendre : le dépouillement, la vie réduite à l’essentiel, un puits, des chameaux pour porter eau, nattes, khaïma. Quelques brindilles pour les braises, les braises pour le thé et le pain mis à cuire le soir pour le matin. Le minimum. Juste assez d’eau pour boire et se laver, le fond d’un bol, le minimum de sueur, aussitôt évaporée, et la peau n’a pas d’odeur, ou alors l’odeur minérale du sable. Le minimum de noir quand c’est la pleine lune, le minimum de jour quand c’est la nuit noire. Le minimum de mots aussi, car trop parler fatigue. Jusqu’aux simples merci qui se font rares.
Sans bruit, à l’aube, Ahmed touche le pied de Mohamed et lui tend le premier verre de thé. Lenteur des mouvements, silence des déplacements dans le sable. Comme une danse sans musique. Beauté de l’épure, sans fioritures. L’élégance du bazin bleu clair brodé de fils d’or. Pourquoi d’autres couleurs quand ces deux-là résument l’air et la pierre, la lumière et le sable, le ciel et l’infini ?
On pourrait marcher comme ça des jours et des jours, jusqu’à brûler toute la graisse de nos corps repus, jusqu’à oublier le temps, le mois, l’année. Jusqu’à oublier, comme les nomades, l’année de sa naissance.
Vivre au rythme du thé à trois temps, à mille temps. Marcher à l’aube et au crépuscule. Entre les deux, dormir, rêver, lire et écrire.
Bénédicte
Maintenant, j’en suis sûr :J’ai une autre patrie, là-bas, très loinUne patrie dont j’ignore presque tout, maisQui a étanché ma soif de sens et d’espaceQui m’a accueilli à ciel ouvertSon bien le plus rareElle me l’a donné, sans compter.Et pour lui rendre son eau,Au bord de ses gueltas,Je me suis assis et j’ai pleuréDes larmes d’innocence.Loïc

- Et les chameliers s’en vont, avant tout le monde, tout doucement, sans faire de bruit...
Cinq jours de marche dans les canyons de l’Adrar
- § 1 : Le premier bivouac
- § 2 : La marche
- § 3 : Les dunes
- § 4 : L’oasis de Tergit
- § 5 : La palmeraie
- § 6 : Les derniers jours
- § 7 : La nostalgie









