Bivouacs sous la Lune

par Colette

Créé le : 2 juin 2006

Le désert ne se visite pas, il se vit.

Avant le départ de l’expédition, je m’attendais à des auberges, ainsi qu’a des bivouacs. J’avais l’expérience de quelques nuits sous tente, dans d’autres déserts. Mais alors-là, 14 bivouacs, sur les 21 jours, dont 9 de suite, je vais ressembler à une nomade.

Installation d’une raïma
Installation d’une raïma

Un bivouac est un campement rudimentaire permettant de passer la nuit lors d’une randonnée. Nos amis mauritaniens ont à cœur de trouver chaque soir, un endroit idéal, dans le meilleur des conforts.

Feu de bois pour cuisiner
Feu de bois pour cuisiner

Ils réussiront cet exploit, sans que jamais nous regrettions un autre mode d’hébergement. Le désert, nous accueille si bien, que nous cherchons un lieu en dehors des villes.

Dahmoud enlève les épines de cram-cram
Dahmoud enlève les épines de cram-cram

Plusieurs conditions sont à réunir, pour un campement idéal : une belle dune au sable doux, un espace assez vaste pour nous égailler, assez loin d’une guelta pour échapper aux moustiques, sans cram-cram [1].

Ce pari sera tenu tous les soirs. L’emplacement enfin trouvé, nos chauffeurs fournissent un dernier effort pour grimper sur une dune, toujours plus haut, souvent aux pieds de gros rochers. Ce moment passé en communauté, jusqu’au déjeuner du lendemain matin, sera un vrai délassement et un réel plaisir.

Notre camp sur la dune
Notre camp sur la dune

Les 4 x 4 sont stationnés de manière servir de solides support pour fixer les raïmas sur des terrains rocheux. La raïma de 8 à 10 places et celle de la cuisine sont montées rapidement avant la nuit. Tous, accompagnateurs et participants s’activent.

La raïma, [2] se compose d’un vélum de plusieurs épaisseurs de toile de coton. Blanche à l’extérieure, la toile intérieure est décorée, en un patchwork de tissus différents. Cette toile repose sur deux mâts de bois et sera tendue par des cordes attachées à des piquets de métal. Sur 3 côtés, les bords du bas de la toile seront recouverts de sable, à l’aide d’une pelle. Le devant, bien orienté à cause du vent, restera ouvert. Quel plaisir de sentir l’air chaud s’échapper du sable surchauffé de la journée.

Une seule fois, dans la nuit, nous serons obligés de consolider l’installation, au passage d’un fort coup de vent. Alors, nous finirons la nuit la raïma complètement fermée, pour limiter les effets du vent.

Au rocher des Eléphants
Au rocher des Eléphants

C’est alors que le campement commence à ressembler à petit village, avec toute sa vie.

Un homme galant installe les tapis au sol et les matelas de ces dames. Les bagages sont déchargés, mais c’est un peu le désordre et on occupe un grand espace. Une est déjà si loin sur la dune que son mari et les autres s’inquiètent. Les plus sportifs grimpent à toute allure la falaise. Moi, je sors mon carnet et mon appareil photo pour mon reportage.

Un berger arrive de nulle part et immédiatement se met à notre service pour allumer un premier feu, celui du thé.

Visite d’un nomade
Visite d’un nomade

Ce nomade partagera notre soirée, et après la nuit, enroulé dans ses habits, on le retrouvera au matin s’activant à relancer le feu. Nos organisateurs, selon les moyens lui donneront du tabac, de la nourriture et de petits objets de vie courante qui pourront lui être utiles.

Imperturbables et avec une débrouillardise étonnante, les chauffeurs-mécanos vont réparer, nettoyer, régler au mieux leurs véhicules, parfois à la lampe frontale. Une chambre à air, sera toujours réparée rapidement.

Réparation sur les véhicules
Réparation sur les véhicules

A l’écart, les responsables du circuit, font le point, un verre de thé à la main.

Jeu de Dames dans le sable
Jeu de Dames dans le sable

Par endroits on se concentre sur un jeu dans le sable, comme le jeu de dames, les pions étant des crottes de chèvres ou des buchettes.

Mayoua gagne au jeu de boules
Mayoua gagne au jeu de boules

Mayoua est un champion aux boules. Devinez avec quelles boules : des coloquintes.

Comme à d’autres arrêts, Idoumou guidera la prière, simple, authentique et noble.

Pendant l’organisation du bivouac, arrivent également, de fort loin souvent, des dames, des jeunes filles et des enfants. Tous ont de petits sacs de toile, dans lesquels sont rangés des objets qu’ils espèrent nous vendre. Un vrai petit marché s’installe, en silence, à proximité de nous.

Petit marché de boucharaïes
Petit marché de boucharaïes

Déjà actifs toute la journée sur la piste, nos deux cuisiniers, s’affèrent à préparer le repas du soir, ainsi que celui du lendemain midi. Il peut s’agir de dépouiller une bête achetée à un nomade, qui sera cuite, soit en papillotes au feu de bois, soit en couscous, soit séchée à l’air et cuisinée les autres jours pour nos accompagnateurs.

L’eau fraiche de la guerba
L’eau fraiche de la guerba

Les légumes, comme les carottes, les navets, les choux et les oignons, entrent pour beaucoup dans notre cuisine et l’épluchage peut prendre un grand moment. L’aide de chacun n’est jamais refusée. Nos cuisiniers ont à cœur de nous régaler avec leurs moyens, ils réussiront des prouesses, comme de vraies pommes de terre frites, ainsi que des crêpes.

Idoumou sert le repas du soir
Idoumou sert le repas du soir

La vaisselle sera faite avec un peu d’eau et beaucoup de sable. Puis les ustensiles séchés et retournés dans les plateaux montrent que c’est le dernier travail de la soirée et que la veillée peut commencer.

C’est alors que nous écouterons avec sérieux et plaisir nos amis mauritaniens, parler du désert, de leur vie, de leurs projets. Tout ça dans la bonne ambiance, sans oublier le thé, la pipe. Idoumou, fera une dernière fois le tour du campement, à la lampe de poche, pour surveiller les traces de bêtes et qu’il n’y ait aucune inquiétude à avoir.

Un endroit de rêve, unique, a été trouvé une fois de plus, avec comme invités la lune, l’étoile du berger, les étoiles filantes, les petites traces et les petits bruits de la vie des dunes.

Nos bivouacs

  • Le 7 novembre : au lieu dit Anguentour Nimlane ou la Maison de Françoise et ses gravures rupestres
  • Le 9 novembre : une grande dune, au dessus de la guelta de Taoujafet
  • Le 10 novembre : après Tidjikja, à Le Khcheg en direction de Tichit
  • Le 12 novembre : dans la région de Makhrouga, au rocher des éléphants, en direction de Oualata
  • Le 13 novembre : près Es Sba (les doigts) et le puits de Oujâf, toujours en direction de Oualata, à côté d’un site important de gravures rupestres
  • Le 15 novembre : à la sortie de Nema, à l’écart de la Route de l’Espoir
  • Le 16 novembre : sur des dunes, après Ayoûn el Atrous
  • Le 17 novembre : en dehors de Kiffa, près d’un campement de nomade
  • Le 18 novembre : sur le plateau, après la passe de Néga, dans un jardin de narcisses et en compagnie de scorpions
  • Le 19 novembre : vers N’Beïka, au plateau rocheux de Matmata et tout près des crocodiles
  • Le 20 novembre : dans l’oued au bord de Ksar el Barka
  • Le 21 novembre : au lieu de passage d’une caravane et la rencontre d’un ami d’Idoumou
  • Le 22 novembre : au puits El Matler, nuit venteuse, la raïme s’envole et les boubous sèchent en claquant
  • Le 23 novembre : au dessus de l’oasis de Timinit
La nuit descend sur le bivouac
La nuit descend sur le bivouac

[1] cram-cram est le nom donné par les français à l’initi. Il s’agit des graines à dards urticants de cette graminée, "épilets mûrs à point aux mille aiguillons barbelés" - Méharées de Théodore Monod

[2] ou khaïma, ou encore khayma