Vivre dans le Désert

Dans le vif du sujet

par Colette

Créé le : 24 mars 2006

chapitre 2

De dunes en dunes, de puits en puits, nous entrons dans le vrai désert du Tagant.

Pour joindre Aïn Cefra à Tichit sur environ 600 km, trois jours sont prévus avec deux bivouacs. La piste nous mène droit sur des barkhanes qui sont d’énormes dunes de sable en forme de croissant posées sur un sol plat et noir et qui se déplacent au gré du vent. Nos chauffeurs sont obligés de les contourner en zigzagant sans arrêt bien au-delà du tracé de la piste qui est souvent barrée par ces montagnes de sable. Dans le véhicule, ce n’est qu’exclamations devant ces beautés de la nature.

Des dunes en or
Des dunes en or

Dans ces espaces composés de barkhanes, de cailloux coupants, de rochers déchirés, de lits d’oueds au sable mou, les véhicules sont à rude épreuve et les chauffeurs attentifs en permanence.

Un, deux , trois...poussez !
Un, deux , trois...poussez !

Lors des quelques enlisements inévitables tout le monde pousse. Pour nos mauritaniens, cela semble toujours un jeu et ils chahutent en ramenant les plaques. Les crevaisons font aussi partie des petites misères de la journée. Les roues sont changées rapidement. Les réparations se feront le soir, avec un savoir faire certain, parfois même à la lumière d’un feu. Nous sommes toujours dans l’Adrar, le Jardin d’Idoumou. Lors d’un arrêt, plusieurs personnes nous entourent. Après les salutations d’usage, certains récupèrent des colis. Idoumou achète une chèvre noire pour notre prochain repas. Mohamed passera un long moment pour dépanner le Toyota du Maire d’Aïn Cefra qui nous a rejoint. Il nous accompagnera un certain temps, dans un ballet de véhicules qui prennent leurs propres chemins dans ces montagnes de dunes. Nous roulons rarement très longtemps. C’est d’ailleurs très bien pour reposer nos jambes et notre dos.

Pause à l’ombre
Pause à l’ombre

Nous en profitons pour compléter la provision de bois pour la cuisine et le thé, afin de limiter l’utilisation du réchaud à gaz. Dahmoud, notre cuisinier, étant le seul à être déjà venu sur ce parcours, prend le commandement du convoi. Il est étonnant de l’entendre donner ses instructions de direction tantôt plus à droite ou plus à gauche, dans un paysage qui pour nous est sans repères sinon du sable, des rochers et des montages au loin.

Dans cette région, en dehors de toute piste visible, on roule souvent dans des lits d’oueds. Les bords gardent les marques des crues. Le sol est craquelé par la sécheresse et ressemble par endroits à un damier, à d’autres à des copeaux de chocolat. Des nomades ont installé leurs raïmas au bord de cet oued et font paître le bétail. Il y a des animaux partout. Des chameaux, à l’air hautain, s’écartent au passage des véhicules. Les ânes gris avec leur grand bandeau noir dressent les oreilles. Les troupeaux de chèvres, noires et blanches, hautes sur pattes, s’enfuient.

Guelta de Taoujafet
Guelta de Taoujafet
Nomades venues faire commerce
Nomades venues faire commerce

En fin d’après-midi, nous descendons au bord de la guelta de Taoujafet. Sous un aspect paradisiaque, le lit de rivière, à peine humide, dissimule des sables mouvants. Profitant des cascades, certains prennent une douche naturelle et rafraîchissante. Pendant ce temps les chauffeurs recherchent un bivouac, en haut sur le plateau, pour éviter les moustiques qui occupent l’oasis.

Ce soir là, comme souvent, des femmes accompagnées de leurs enfants s’installent discrètement à quelque distance de notre campement pour faire du commerce. Elles étalent rapidement, sur une étoffe colorée, divers petits objets en les disposant comme s’il s’agissait d’une vitrine et attendent en silence, assises en tailleur.

Nous entrons dans le Tagant en roulant dans un superbe oued semblable à une autoroute pour rejoindre la ville de Rachid. La vieille ville a été la perle du désert. Installée toute en hauteur, nous entrons dans les ruines des maisons de pierres rouges et des ruelles ensablées. Les pièces sont petites, quelques vestiges de rayonnages sont visibles. La mosquée se devine facilement à ses piliers de pierres empilées et l’école coranique à sa grande salle.

Mosquée du Rachid d’autrefois
Mosquée du Rachid d’autrefois
Rencontre d’un berger
Rencontre d’un berger

A midi, nous prendrons le déjeuner sur la terrasse d’une auberge à Tidjikja. Le réseau téléphonique permet de donner des nouvelles aux familles. On se retrouve dans la civilisation pour un temps, mais nous sommes prêts à repartir dans le désert. Le soir, par radio, nous apprenons que la valise est retrouvée.

Le puits de Zig est situé au fond d’une immense cuvette de sable profond d’au moins cinquante mètres.

Le puits de Zig
Le puits de Zig

Les hommes tirent avec difficulté, une antique corde pour remonter de l’eau. Dans un creux des rochers alentours, nous découvrons un bagot déposé par un nomade. Il est d’usage de ne pas toucher à ce matériel dans lequel on devine une cuvette d’émail blanc et plusieurs sacs en peau et en toile. Le propriétaire passera certainement, un jour, récupérer ses biens. Il fait très chaud, nous mangeons à l’ombre de la falaise.


Vivre dans le désert