Vivre dans le Désert

Du bitume à perte de vue

par Colette

Créé le : 24 mars 2006

chapitre 4

La Route de l’Espoir est jalonnée de villes hautes en couleur.

Nous quittons la piste à Néma pour emprunter la route de l’Espoir entièrement goudronnée. Nous la suivrons durant presque 500 km.

La route de l’espoir
La route de l’espoir

Sur cette route, large et souvent tracée bien droite, la prudence s’impose. En effet des animaux traversent devant nous. Qu’il s’agisse de chameaux, d’ânes, de vaches ou de chèvres, de nombreux cadavres d’animaux accidentés qui se dessèchent jonchent les bas-côtés. Le véhicule de tête, signale régulièrement un danger potentiel dès qu’il aperçoit des troupeaux. Tout notre convoi ralentit. Cette route a favorisé de part et d’autre, l’expansion de nombreux villages et de constructions nouvelles.

Pause de midi à Ayoun el Atrous
Pause de midi à Ayoun el Atrous

Le long de cette longue route, comme à Ayoun el Atrous, c’est l’occasion de faire le plein de gazole, de nourriture, d’eau et de pièces pour les véhicules.

Rue marchande de Kiffa
Rue marchande de Kiffa

On sillonnera ces rues animées, pleines de boutiques, d’artisanats ou de petits étals faits d’un morceau de carton.

A Kiffa, les laveries sont dans la rue en plein air. Les fers à repasser au charbon de bois, les mêmes que ceux de nos grands-mères, permettent un travail très soigné.

Repassage des boubous dans une blanchisserie avec utilisation du fer à charbons de bois
Repassage des boubous dans une blanchisserie avec utilisation du fer à charbons de bois

Il y a aussi les vendeurs de légumes, les bouchers, les marchands ambulants qui portent le pain sur de larges plateaux posés sur la tête.

Etal de pains
Etal de pains
Pain qui sort du four
Pain qui sort du four

Quel bonheur d’acheter ce pain chaud, croustillant et odorant. La ville très grouillante est un énorme marché, avec un air plus africain. Les costumes changent, des dames portent des chapeaux enturbannés et des robes magnifiques qui rappellent le Sénégal, les hommes portent d’autres boubous et souvent d’autres coiffures.

Voiles au dessus de la raïma
Voiles au dessus de la raïma

Le long de la piste des taxis, nous rencontrons de rares villages, constitués seulement de quelques maisons et une seule boutique aux étagères chargées d’objets hétéroclites. Les femmes, veulent avec beaucoup de sympathie, nous serrer la main. Les leurs sont décorées au henné et garnies de bracelets et bagues. Les femmes se voilent d’avantage par coquetterie que par pudeur. Je vois des femmes libres et sereines avec un éclat de fierté dans leurs yeux. En Mauritanie, l’Islam tolérant est un soutien pour la femme. Elle est bien considérée et a sa place dans la responsabilité de la famille. Je ne crois pas me tromper, j’ai vu beaucoup de hardiesse dans leurs regards et pas de soumission.

La passe de Néga [1] nous permet de changer de plateau. Elle est connue du Dakar comme difficile, mais Mohamed dira, « là où le Dakar, passe, je passe » et nous sommes passés. On nous raconte que l’oued voisin, en crue, charrie les carcasses des voitures accidentées du Dakar. Cette passe de Néga est une longue montée dans le sable. Avec tout l’art de nos chauffeurs, les moteurs crachant à pleine puissance d’épais nuages noirs, les 4x4 arriveront en haut.

Nous marchons jusqu’à un canyon magnifique et le bivouac de midi se passera à l’ombre parfumée de mimosas en fleurs.

Ombre de l’acacia
Ombre de l’acacia

Il fait très chaud, Dahmoud surveille toujours que nous restions à l’ombre. En suivant à pied nos véhicules, à la recherche d’une bonne place pour le soir, nous trouvons presque un jardin de fleurs blanches qui ressemblent à des narcisses. Certains croient voir des trous à scorpions. Ils ont raison. Ce sont de petits scorpions transparents dont il faut tout de même se méfier. Mayoua qui était resté pieds nus, sera malheureusement piqué au gros orteil. La douleur lui durera trois bonnes heures malgré les soins prodigués par Idoumou. Par précaution, il faut toujours retourner et secouer ses chaussures et son sac le matin. Ce soir là, Idoumou fait minutieusement le tour du campement. Il ne remarquera que des traces de bousiers et de gerboises, sorte de petites souris.

Sur le matin, une jeune chamelle s’approche d’un dormeur installé à la belle étoile, assez près pour le renifler. Il ne se réveillera pas. Seuls les matinaux assistent à cette situation inattendue.

De jeunes nomades nous guident vers une falaise dans laquelle se trouve un site de gravures rupestres. Ce site est très haut. On escalade les rochers en découvrant une face entièrement peinte et décorée de dessins de troupeaux, chevaux seuls ou avec un cavalier. Nous nous interrogeons sur l’authenticité de ces gravures et sur leur position très élevée. Nos jeunes guides profiteront de nous pour rejoindre le prochain village, une petite oasis où nous surprendrons dans la falaise, au dessus d’une guelta, une bande de damans, genre de marmottes.


Vivre dans le désert

[1] Jacky Ickx et Ari Vatanen, alors respectivement pilotes Lada et Peugeot, se remémorent le cauchemar de la passe de Nega, en 1990. voir : http://video.eurosport.fr/rallye-ra...

Actuellement : 1 message

  • Du bitume à perte de vue 2 décembre 2013 14:03, par Ingrid

    En France, en Europe ou ailleurs, où l’on se préoccupe de la sécurité routière, du code de la route, de pollution, de l’écotaxe et autres aspects du transport routier, lire des articles comme ceci donne une toute autre perspective du voyage sur les routes : l’utilité principale des chemins bitumés : pouvoir relier des villes, des villages et transporter des vivres et des passagers entre autres... Merci pour cette découverte et cette pause. On se croirait presque à une autre époque...

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