Germaine TILLION ethnologue

par Colette

Créé le : 13 juillet 2015

Les armes de l’esprit, les images oubliées.

A la recherche du juste et du vrai

Ma première rencontre

Ma première « rencontre » avec Germaine TILLION remonte à quelques années, lors d’une réception de la Municipalité de Besançon, où Jean Lacouture [1] reçu par son ami Gaston Bordet rendait hommage à cette Grande Dame en inaugurant de nouvelles salles au Musée de la Résistance et la Déportation [2]à la citadelle de Besançon.

Mon attention se porte alors sur deux livres : « La traversée du Mal » et le « Le Harem et les Cousins » pour m’attacher principalement à l’ethnologue.

Germaine TILLION : ses origines

Née en 1907 et décédée à presque 101 ans, Germaine Tillion grandit dans un milieu cultivé de notables catholiques, mais républicains. Son père est juge de paix. Il s’adonne déjà à la photographie. Sa mère contribue à la rédaction des Guides bleus et l’aidera à recopier de ses notes.

Ses maîtres

Marcel Mauss, professeur à l’Institut d’ethnologie sera sa référence. Claude Lévi-Strauss, dira que Germaine Tillion a étudié ce qu’il n’avait pas eu le temps d’approcher.

Ses amies

Geneviève Anthonioz-de-Gaulle [3], nièce du Général de Gaule, également résistante du Groupe du Musée de l’Homme, dont elles sont toute deux à l’origine. Anise Postel-Vinay,née Girard. [4]

Son parcours

En 1934 à 27 ans, à peine diplômée de l’Institut d’ethnologie, il lui est proposé d’accompagner Thérèse Rivière [5] en mission en Algérie, dans l’Aurès [6], ce pays immense et si difficile, où vivent dans une région la plus reculée, la plus difficile et des plus pauvres, des tribus berbères semi-nomades. [7]

Thérèse et Germaine ont passé des années a étudier les coutumes et les traditions, à 200 m d’altitude, dans cette chaîne montagneuse de l’atlas saharien. Elles se sont senties chez elles, parmi des gens semi nomades qui disposaient d’un grenier collectif qui leur garantissaient de quoi manger et vivre pendent une partie de l’année.

En 1940 Germaine Tillion, alors qu’elle prépare sa thèse, entre en résistance. Selon ses convictions elle participera à la création du Réseau du Musée de l’Homme.

Arrêtée sur dénonciation en 1942, enfermée à Fresnes, Germaine Tillion est autorisée à écrire et envoie des mots écrits sur son linge sale. Elle y détaille les effets dont elle a besoin au quotidien.

Collection Bibliothèque de France. Fonds Germaine TILLION
Collection Bibliothèque de France. Fonds Germaine TILLION

En 1944, elle sera déportée au camp de Ravensbrück (Nacht und Nebel - destinée à disparaître), avec sa mère (gazée en mars 1945).

A Fresnes, elle communique avec Anise Postel-Vinay par un vasistas, sans se connaître. Elles se retrouveront en déportation au camp de Ravensbrück où Germaine sera libérée le 23 avril 1945.

Anise Postel-Vinay parlera de Germaine Tillion comme une « personne généreuse ».

Au camp de Ravensbrück, sa thèse ayant disparu, Germaine Tillion adoptera la même attitude que lors de ses recherches d’ethnologue :

  • Ses multiples données écrites sur de bouts de tissu et une opérette montreront sa forte personnalité, enjouée mais aussi ironique.
  • Ses camarades feront de même en notant et chiffrant tout.

Le bilan de son parcours d’ethnologue dans les Aurès

Chargée de recherches de 1934 à 1940, Germaine Tillion effectuera des études dans différentes familles éleveurs et agriculteurs d’une population berbère des Aurès – les Chaouïas - et porteront sur :

  • les coutumes agricoles dans l’Aurès.
  • un recueil de chansons chaouias.
  • les tatouages berbères.
  • les fêtes et mariages, la circoncision, le pèlerinage à La Mecque.
  • l’ethnologie dans l’ensemble des phénomènes sociaux : l’histoire des différents groupes, histoire des familles, généalogies, statistiques, économie, études des institutions politiques.
  • les fouilles des sites préhistoriques et archéologiques (tombeaux circulaires préislamiques, ruines romaines et byzantines).
  • la comparaison de l’organisation sociale dans l’Histoire, où les mêmes bergers allument leur feu de genévrier et où leur pipe est un morceau d’os.

A propos du voile et de la claustration des femmes en milieu urbain, Germaine Tillion remarque que ces pratiques étaient répandues autour de la Méditerranée, dans la chrétienté comme dans l’islam, à une date encore récente, même dans les populations sédentaires.

Germaine Tillion invite à rechercher des délimitations culturelles au-delà de la périphérie méditerranéenne. "Les « frontières de la vertu » passeraient au nord de la Loire ; les Berbères du nord s’apparenteraient culturellement davantage aux Latins du fait de leur filiations patrilinéaires qu’aux Berbères du sud (Touaregs), chez qui la filiation matrilinéaire [8] s’est longtemps perpétuée".

Collection Bibliothèque de France. Fonds Germaine TILLION
Collection Bibliothèque de France. Fonds Germaine TILLION
Les Femmes T’i azriyin
  • Dans la guerre d’Algérie, Germaine Tillion, toujours fidèle à ses croyances en faveur des populations démunies, s’engagera de toutes ses forces en faveur de la paix :
  • Elle dénoncera la torture, les attentats, comme elle participera aux procès des criminels nazis
  • Elle sera toujours attentive à l’émancipation des femmes, et contre « la clochardisation des masses ».

Décédée le 19 avril 2008, à presque 101 ans, Germaine Tillion passera tout le reste de sa vie dans la même attitude sans pouvoir publier sa thèse, perdue au moment de son arrestation.

Elle essaiera de montrer son travail avec :

  • "Il était une fois l’ethnographie".
  • et "Le Harem et les Cousins" - (Seuil, 1966) un livre « phare », sur le devenir des femmes dans le bassin méditerranéen : de tous ses ouvrages, cet essai passionnant lui vaudra la célébrité, parfaitement accessible à un public de non-spécialistes.
Collection Bibliothèque de France. Fonds Germaine TILLION
Collection Bibliothèque de France. Fonds Germaine TILLION
Petite fille se questionnant sur son avenir.

Et voilà Germaine TILLION comme j’aimerais la voir si elle était encore vivante, grande figure de la Résistance et de la Déportation, son existence toute entière dédiée à : « la recherche du juste et du vrai », pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages, avec sa liberté d’esprit... ce qu’elle est aujourd’hui au Panthéon (27 mai 2015), en compagnie de :

  • Geneviève de Gaulle-Anthonioz [3]
  • Jean Zay [9]
  • Pierre Brossolette [10]
  • Chez les Berbères du Maghreb, la filiation masculine aurait succédé à la matrilinéarité bien avant l’invasion des Arabes, quand le Sahara se desséchait et que le besoin de main-d’œuvre agricole augmentait. Ce glissement d’un système vers un autre, effectué plus tardivement chez les Touaregs, se conjugue avec l’adoption de l’endogamie ; « Les hommes voulurent tout garder, à la fois leurs femmes – et leur blé…  »
  • Dans les pays méditerranéens, les femmes n’héritent pas. Or le Coran ordonne au père de donner une part d’héritage à chacune de ses filles et deux parts à chacun de ses fils. Dans les zones rurales, si une fille épouse un homme qui n’est pas son cousin en ligne masculine, les enfants de cette fille seront étrangers et ils disposeront d’une part de terre à l’intérieur du "clan". Telle est la raison pour laquelle, grâce à un texte appelé habous, un testateur peut léguer toutes ses terres uniquement à ses fils déshéritant intégralement ses filles. En cas d’extinction totale des descendants masculins, les descendantes féminines du testateur peuvent hériter ; si aucun descendant masculin ou féminin ne subsiste, c’est Dieu qui est sensé hériter.
  • Germaine Tillion précise ainsi la signification de ti’ azriyin : sa racine signifie "libre", il désigne les femmes divorcées ; ou des jeunes filles ; ou d’autres dont l’attitude est réservée et les mœurs sévères.
  • Association officielle Germaine TILLION : a été formée par un groupe d’amis de Germaine Tillion en novembre 2004. Voir : www.germaine-tillion.org
    Dossier de presse Germaine Tillion
    Dossier de presse Germaine Tillion
    Association Germaine Tillion

[1] Jean Lacouture, né le 9 juin 1921 à Bordeaux (Gironde), est un journaliste, historien et écrivain français, engagé à gauche - source wikipedia.

[2] Le Musée de la Résistance et Déportation de Besançon possède un grand fonds d’archives naturellement constitué d’objets, photos, écrits, récoltés par des associations locales. C’est tout aussi facilement que Germaine Tillion a eu sa place parmi les « femmes et les hommes de la Franche-Comté », mais aussi dans les salles d’ethnographie, autre espace important du Musée.

[3] Geneviève de Gaulle-Anthonioz, née le 25 octobre 1920 à Saint-Jean-de-Valériscle et morte le 14 février 2002 à Paris, nièce de Charles de Gaulle, est une résistante française, déportée en 1944 au camp de Ravensbrück, puis militante des droits de l’homme et de la lutte contre la pauvreté, présidente d’ATD Quart Monde de 1964 à 1998. - source wikipédia.

[4] Anise Postel-Vinay, née Girard le 12 juin 1922 à Paris, est une déportée résistante française - source wikipédia.

[5] Thérèse Rivière (1901-1970), également élève de l’Institut d’ethnologie de Paris, de santé fragile, fera dessiner les berbères et photographiera leurs travaux manuels. Des fiches sur chaque objet, avec le nom de l’artisan, des photos montrant les étapes de fabrication ou son usage, montrent la grand rigueur de ces missions, d’où il émergeait une république des Aurès.

[6] L’Aurès est une région d’Algérie située à l’est du pays, caractérisée à la fois par sa riche histoire, son relief principalement montagneux et par son peuplement traditionnel (le groupe berbérophone des Chaouis) - source wikipedia.

[7] Selon Erik Guignard : "Le monde touareg, vaste territoire de steppe et de désert, s’étend sur cinq États africains, l’Algérie, la Lybie, le Niger et le Burkina Faso, recouvrant une langue, une culture, des usages et un espace politique homogène mais complexe. 
Tout comme les Chaouias, les Touaregs sont des berbères."

[8] La famille matrilinéaire est un système de filiation dans lequel chacun relève du lignage de sa mère. Cela signifie que la transmission, par héritage, de la propriété, des noms de famille et titres passe par le lignage féminin - source wikipédia.

[9] Jean Zay est un avocat et homme politique français, né à Orléans le 6 août 1904, et mort assassiné par la Milice à Molles (Allier), le 20 juin 1944. - source wikipédia

[10] Pierre Brossolette, né le 25 juin 1903 dans le 16e arrondissement de Paris, et décédé le 22 mars 1944 à l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière dans le 13e arrondissement de Paris, est un journaliste et homme politique socialiste français. Il fut un des principaux dirigeants et héros de la Résistance française. - source wikipédia.