Chronique d’un voyage au cœur du désert

Jwaali … l’interminable combat pour la survie

par Cheikhmou

Créé le : 20 décembre 2008

chapitre 5

Force est de constater que Jwaali est véritablement une zone pauvre, enclavée où aucune infrastructure de base n’existe.

En cette deuxième journée de notre circuit, nous quittons tôt le matin Tenwemend pour Jwaali Maham que nous atteindrons après vingt kilomètres. Jwaali se trouve au sud-est de Tenwemend dans une zone ouverte et montagneuse. Elle est proche de Lebheir à l’ouest et de Sbaiye au sud.

La route vers Jwali
La route vers Jwali
La pose thé
La pose thé

Seule une montagne la sépare de la route Atar-Ain Savra au niveau de Rakhme à l’est. Certains villageois font le trajet en 3 ou 4 heures à la recherche d’un véhicule sur cet axe ; d’autres, venant d’Atar descendent à ce niveau pour rejoindre le village.

Sur la plaine de Lehweymle, nous nous arrêtons le moment de prendre un thé ; nous apercevions de loin un homme conduisant un âne chargé de bagages allant dans la même direction que nous. Aucun autre signe de vie. Plein et vaste désert.

Deide et son âne
Deide et son âne
On charge ses bagages
On charge ses bagages

Le vieil homme par un détour poli et subtil conservait son secret

Plus tard sur notre route nous rencontrons l’homme vu auparavant de son nom « Deide » et son âne à 8 km de notre destination. Il nous demande après les salutations habituelles de le transporter avec ses bagages à Jwaali. Son âne qui est resté attaché le suivra dit-il et le rejoindra dans deux jours. Comment lui demandait l’un de nous ? Discret le vieil homme par un détour poli et subtil conservait son secret. Il n’a pas imaginé que nous aussi, sommes des hommes du désert et qu’on sait qu’il l’attendra au puits !

Ane désormais libre...
Ane désormais libre...
Arrivée à Jwali
Arrivée à Jwali

Nous arrivons à Jwaali où on est reçu avec la chaleur et l’hospitalité habituelles ; précédé par le chef du village Mr El Ghali O Sidi, les hommes, les femmes et les enfants tous joyeux nous accueillent à bras ouverts mais leurs conditions de vie nous font mal intérieurement bien que les efforts louables du Maire ont apporté leurs fruits et désormais un magasin de céréales est ouvert dans la localité commercialisant notamment le blé à un prix symbolique très accessible.

Mais force est de constater que Jwaali est véritablement une zone pauvre, enclavée où aucune infrastructure de base n’existe. Seule l’intervention de l’association « Les Médecins de Chinguetti » [1] soulage de temps à autre les douleurs de ces populations. L’autre singularité de Jwaali accentuant l’isolement est l’absence de radio transmetteur /récepteur, seule brèche dans un vaste réseau de radio couvrant l’espace allant de Legarare jusqu’à Erreythe au sud de Ain Savra.

Le puits
Le puits
La corvée d’eau
La corvée d’eau

Par un geste de solidarité, nous décidons de faire la corvée de l’eau à la place des femmes qui s’apprêtaient à aller au puits, au moins pour cette journée. Le ravitaillement se fait à partir d’une fouille peu profonde « Archan » où une eau très superficielle vient de s’infiltrer entre les dunes après la coulée de l’Oued ; question de bien gérer cette matière précieuse pour des populations presque laissées à leur sort et faire donc l’économie de leur modeste énergie et de la réserve des puits situés plus loin.

Le moulin à farine
Le moulin à farine
Un linge recueille la mouture
Un linge recueille la mouture

Certaines femmes du village, Tarbe, El Hille et d’autres satisfaites de la disponibilité des céréales, nous expliquent leur peine à transformer les graines en farine pour pouvoir préparer le couscous et la soupe. Pour se faire et par manque de moulin, ces vaillantes femmes utilisent le moulin traditionnel [2] - aujourd’hui plus présent dans les musées - exprimant ainsi leur volonté mais aussi leur indéfectible amour de la vie ; plutôt de la survie, dirai-je.

Les hommes ne sont pas du reste bien sûr ; ils nous ont expliqué les efforts entrepris pour la scolarité de leurs enfants les amenant à construire une « école », petite pièce exigüe ne répondant pas aux normes ordinaires, mais que faire ? Bonne leçon de réalisme !

Le découragement n’ayant pas de place, ces hommes et ces femmes ne ratent jamais l’occasion de cultiver sous les palmiers, dans les plaines comme Awreywere et par manque de grillage ils livrent une lutte féroce pour préserver ces cultures contre les animaux.

La piste de Dakhlet El Hacen Descente de Dakhlet El Hacen

Sur la piste de Dakhlet El Hacen

Dans une autre partie de cet interminable combat pour la survie et comme pour desserrer l’étau qui se referme sur eux, les villageois ont construit un passage dans la montagne au niveau de « Dakhlet El Hacen » donnant accès sur Lebheir réduisant le trajet d’une quarantaine de kilomètres à seulement 12 ! Quel labeur, quelle volonté et quel courage !

Le marigot
Le marigot

Nous découvrons à la fin de la passe, une sorte de marigot au bord d’une dune à Leghleyig ; l’endroit idéal au moment opportun pour prendre notre cher et précieux thé avant d’attaquer la très belle et difficile descente sur Lebheir.

Autour du thé


Chronique d’un voyage au cœur du désert

[1] Site internet : Les médecins de Chinguetti

[2] Voir l’article : Le moulin de pierres