Cinq jours de marche dans les canyons de l’Adrar

L’oasis de Tergit

par Bénédicte

Créé le : 25 novembre 2007

chapitre 4

Vendredi 14 avril 2006

Départ tardif : le jour est déjà levé.
Départ tardif : le jour est déjà levé.
( photo de Françoise)
Nina, dite Mounina, dans le bassin d’eau fraîche
Nina, dite Mounina, dans le bassin d’eau fraîche

Palmeraie

Memine, dit " Le malien au chèche jaune et aux lunettes rouges"
Memine, dit " Le malien au chèche jaune et aux lunettes rouges"

Des palmiers et de l'eau Fraîcheur de l'ombre

Le réveil est plutôt tardif ce matin, et le silence à peine troublé par le blatèrement discret d’un chameau. La lune m’a encore poursuivie, toute la nuit. J’avais beau m’enfoncer de plus en plus sous la khaïma, elle continuait à me tourner autour, à me taper dans l’oeil.

On marche. On ne se rend même plus compte qu’on marche : dunes, falaises, canyons, dunes, avant d’arriver au village de Tirgit. Après une courte halte chez la vendeuse de cocas tièdes, notre guide nous presse de continuer en direction du paradis.

Memine a mis son draâ tout blanc. On voit passer des garçons qui se tiennent par le petit doigt. Un collègue rejoint Memine, s’installe à ses côtés, lui caresse la tête en discutant. Un autre guide vient s’étendre contre Mohamed, se fait caresser la tête à son tour en fumant une cigarette. Des gestes ordinaires, entre amis. Ils discutent paisiblement en arabe.

Tout à coup la discussion s’anime du côté de l’auberge. Par contraste, on croirait presque à une engueulade. En fait, les guides parlent business : faut-il ou non laisser les gamins circuler dans l’oasis, au risque d’agacer les touristes ?

On retourne au bassin. Ce matin, c’était calme. Maintenant, c’est le tour des gamins pendant que les touristes font la sieste. Des petites filles en culottes et de très jeunes garçons qui m’accueillent à grands cris, Madame, Madame ! me sautent dessus, s’accrochent à moi comme une grappe. Je leur fais poser les pieds sur mes pieds et les projette dans le bassin. " A moi ! A moi !". L’eau devient tellement trouble que la peau me picote après ce bain bruyant et sablonneux.

Le paradis, le voilà : c’est l’oasis de Tirgit, une minuscule palmeraie coincée entre deux falaises où source d’eau pure et stalactites se sont réunies pour désaltérer les humains desséchés par le sable. Les chameaux n’y passent pas. C’est privé, et, à l’autre bout, le rocher interdit le passage des bêtes. L’impression de fraîcheur est saisissante.

Au milieu de l’oasis, une auberge, avec des douches, des toilettes, des boissons fraîches, des tentes où se reposer. On marche dans l’eau, le coeur dilaté, on se savonne sous le filet d’eau de la douche. L’eau est si douce que je ressors frisée comme un mouton. Des enfants courent un peu partout, regardent les touristes en tenue légère.

Un peu à l’écart, des femmes font la lessive.

L’après-midi s’écoule sans qu’on s’en rende compte. Loïc nous lit un poème dont voici un extrait :

HABITANT DE L’ESPACE
 
Homme sans attaches
Flâneur du mouvement éternel
Renoncer à tout ce qui peut lier, entraver la marche, alourdir la charge des chameaux
vivre de peu sans mesure
dans la lumière à fendre l’œil
serrant l’horizon entre les paupières
le camp levé avant l’aube
reprendre sa piste terminable dans le rayonnement sans terme.
 
Lorand Gaspar ( Sol Absolu)

C’est cela qu’il fallait apporter, pour mieux savourer les heures d’immobilité forcée, des recueils de poésie, ceux qu’on aimait quand on était enfant, ceux qu’on n’a jamais eu le temps de savourer, Supervielle, Michaux, Shéhadé, Bonnefoy, Saint-John Perse, et pourquoi pas ? Le petit Prince.

On voit bien apparaître au milieu du désert des hommes, des femmes, des enfants sortant de nulle part, capables de marcher des heures pour venir à nous, pour peu qu’il y ait un puits à proximité. Alors, qu’y a-t-il d’étonnant dans l’apparition d’un gamin qui, son idée dans la tête, vous dit : " Dessine-moi un mouton." ?


Cinq jours de marche dans les canyons de l’Adrar