De la part d’un peintre-poète à la sensibilité extrême, des confins de l’Adrar au Sénégal, voici une somptueuse offrande à la femme africaine, à son charme naturel, à sa beauté altière.

- Khaïma familiale des environs d’ATAR
Maurice, un excellent camarade de Jean Martin, se souvient des années 1953 et 1954.
Après 3 mois de classes passées à Dreux, ils s’embarquent pour Saint-Louis du Sénégal.
Première escale à Tanger, le 5 juillet 1953. Pourquoi la date est-elle restée dans la mémoire de son ami Maurice ? C’était son anniversaire et surtout ses 20 ans !
Encore une escale aux Canaries et arrivée à Dakar, d’où ils rejoindront Saint-Louis du Sénégal par le train.
Durant ce séjour, au 1er Régiment des Tirailleurs Sénégalais, ces deux appelés, convoyaient régulièrement des approvisionnements de Saint-Louis du Sénégal à Atar et Akjoujt [1].
A cette époque, l’artiste a décoré le Foyer de St-Louis du Sénégal d’une fresque.
Dans sa participation à la revue Tropiques [2], revue mensuelle des troupes coloniales, on se doute que d’autres œuvres y figurèrent, surtout des affiches. Le bon ton humoristique était d’y mettre beaucoup de cactus, car : Tropique, ça pique !
Jean Martin fascinait ses camarades par son aisance à transformer toute circonstance en blague, écrit ou dessin. Ses poèmes, nouvelles et dessins avaient-ils le but de faire de l’argent ? Peut-être ! Ce souvenir montre surtout l’admiration de chacun, camarades et supérieurs pour ce personnage qui semblait au-dessus de tous.
C’était l’époque de Brassens et de l’opérette déjantée Mam’zelle Nitouche [3], Maurice aura le surnom de Yacinthe, ou… sainte nitouche…
Puis de mai 1954 et jusqu’en novembre 1954, ce sera Dien Bien Phu, d’autres horizons et d’autres impressions et images pour Jean Martin.
De ses passions, Jean Martin en aura fait son métier : publiciste.
En 2003 au Musée des Troupes de Marine de Fréjus, Jean Martin recevra le 2ème prix du 8ème Salon de Peinture pour le tableau intitulé Cantilène d’Akjoujt.
"... fresque sombre rehaussée par l’éclat des bijoux des femmes maures en font une œuvre originale et pleine de mystère..."
commentera le colonel J. Massip, Commissaire de ce Salon.

- La belle d’Akjoujt
Ce tableau de la Belle d’Akjoujt, illumine de la profondeur de ses couleurs, le bureau de Maurice et Martine, les amis à l’origine de cet éloge à l’artiste. Merci à eux, d’avoir obtenu de l’auteur son accord, pour diffuser et nous faire profiter de ces petits chef-d’œuvres de couleur et de fraîcheur.
La Belle d’Akjoujt ou la Bidane [4], autre nom du tableau est une jeune femme Wolof [5].
Nous savons Jean Martin très ému de penser que ces souvenirs remontent à la surface et de recevoir cet honneur, lui qui après le désert à côtoyé la mer et l’a tout autant chanté.

- Signature de Jean Martin
Mais il ne faut pas ignorer un autre don de Jean Martin, la poésie. Il en émaille toute sa correspondance et transforme ses souhaits en riche œuvre à son image, d’homme riche de sensibilité.
Des mots aux poèmes, de la couleur aux portraits... voici un vibrant hommage à la femme.
Fatou [6] qui passe silencieuseSur la rive du Sénégal,Laisse-moi, ma Fatou gracieuse,Te dédier un madrigal


Tes yeux baissés sourient un peu,A tes oreilles des breloquesRouges et dorées s’entrechoquent,Ta bouche épaisse est peinte en bleu.Ton noir visage s’enjolivePar instants d’un rire strident,Puis tu envoies entre tes dentsUn vigoureux jet de salive.




Ta croupe ondule, courbe alerte,De tes jambes on ne voit rienQue l’éclat vif d’un mollet brunSous ta robe bleue, rose et verte.Tu passes, balançant le buste,Glissante comme un voilier clair,Lente comme le vent de mer,Flexible comme un jeune arbuste.









