La nuit était calme et reposante à Erreyth. Ce soir on a dormi plus tôt que d’habitude en raison de la fatigue et de la chaleur des journées de septembre. Après le petit déjeuner du matin et après les vérifications désormais faites avant chaque départ, nous quittons pour Ain Savra.

Là-bas les gens ne sont pas informés de notre mission au Tagant et doivent être inquiets. Dans ces zones et en cette période de chaleur, tout retard est source de grande inquiétude qui, une fois prolongée peut donner lieux à des recherches et à une très grande peur. Il faudrait rassurer nos familles tant à Ain Savra qu’à Chinguetti et donc rentrer le plus tôt possible à Ain Savra.
Tout le groupe est psychologiquement stable, tant nous disposons de l’essentiel et d’après nos informations une pluie s’est abattue sur la Tarhe ce qui est de nature à rendre le sable plus dur et donc facilite son accès. Laissant derrière nous Erreyth, on avançait et on contemplait cette nature propre et charmante avec ses dunes blanches et rouges, ses montagnes grises et bleues, ses arbres renaissant et ses herbes poussant timidement ; cette nature qui donne la joie et inspire la peur ; la peur de l’inconnu.
Un énorme bruit se produit subitement
Et cet inconnu est là. Toujours proche. Invisible. Un énorme bruit se produit subitement. On s’arrêta mais on ne vit rien. Idoumou repart ; le bruit est plus fort ; il est au niveau du pont arrière. Rien à faire. Nous ne disposons d’aucun matériel encore moins de compétences. Alors la pratique de toujours : se calmer et prendre un thé autour duquel la situation est discutée. Nous sommes à Btah Ewechkech où un campement est tout près de nous - rassurant. Inutile de revenir à Erreyth qui est à plus de vingt kilomètres et où aucun secours n’est possible.

- Sur les lieux du bivouac

- Ewechkech au matin

- Dépannage sous la pluie
Très vite, nous décidons de rester la journée sur les lieux sous l’ombre des arbres dans l’espoir qu’un taxi-brousse soit de passage. Il faut donc surveiller la route. Le véhicule desservant Erreyth devait arriver ces jours et devait nous apporter du gas-oil. Il ne doit pas être loin. La nuit, nous irons au campement duquel on peut surveiller la route à partir des lumières d’éventuelles voitures.
Ahmed, un ressortissant de Ain Savra que nous connaissons bien, était dans son champ pas loin de nous, constata le véhicule et la fumée s’élevant du feu. Il se dirigea vers nous. Après les salutations, il nous supplia de l’accompagner au campement mais il finit par comprendre l’intérêt de notre décision qu’il accepta enfin.
Après le déjeuner, nous faisons une sieste perturbée sans cesse par un vent léger que nous prenons toujours pour un bruit de moteur lointain. Le soleil est devenu discret et quelques gouttelettes de pluie commencent à nous mouiller. Le sommeil n’est plus vraiment opportun et nous commençons à perdre espoir de trouver un véhicule pour nous dépanner.
Le temps semble s’arrêter et cette journée sous les arbres à Btah Ewechkech peut ne pas être la dernière ! Le moral est à son plus bas niveau mais chacun voulait faire croire à l’autre le contraire. Difficile à faire admettre. Jusqu’à ce que Meimoune, encore et toujours lui, nous demande d’écouter.
Silence absolu. Chacun retient son souffle, respire à peine. Une fois encore l’inconnu est là, jusqu’ici invisible mais son bruit est certain. Il s’agit incontestablement d’un véhicule qui se rapproche de plus en plus.

- En panne à Btah Ewechkech
Arrive enfin la voiture desservant Erreyth, conduite par Salek Ould Khyar. Les salutations terminées, on lui explique ce qui est arrivé. Il a compris et se met au travail. Il doit enlever le nœud de pont qui n’est plus utilisable. La grosse pierre de Tawjavet qui a percuté le pont la veille l’a endommagé. Malgré une légère pluie suffisante pour déranger et une petite mare d’eau qui rend l’accès sous la voiture délicat, Salek d’une bravoure remarquable poursuit son dépannage aidé par l’infatigable et vaillant apprenti Meimoune.

- Dépose du pont arrière
Il était presque le crépuscule quand Salek a terminé son travail. Il a fait son possible. Nous disposons désormais d’une voiture à un seul pont donc de force réduite de moitié. On peut toutefois arriver à Ain Savra à condition qu’il n’y ait pas d’ensablement. Aucune garantie pour cela mais on n’a pas le choix. Salek poursuit sa route vers Erreyth.
Nous nous dirigeons au campement pour passer la nuit Chez Ahmed Ould Abidine où nous sommes reçus avec tous les égards. Le matin nous faisons route vers Ain Savra que nous atteignons vers onze heures sans aucun problème. Heureusement ! Nos familles à Chinguitti étaient sur le point de louer des véhicules pour les envoyer à notre recherche. Grâce à la radio de Slame qui est arrivé il y a deux jours, nous les informons de notre situation.

- Pause thé
- Sur la route vers Atar
Le véhicule d’Idoumou ne pouvant plus faire route vers Chinguitti, Thiam et moi embarquons avec Slame à bord de son camion où nous regagnons Atar après deux longues journées mettant ainsi un terme à ce voyage au cœur du désert .
Chronique d’un voyage au cœur du désert
- § 1 : Legrare de l’espoir et de la vie
- § 2 : Zargue ou l’éternelle sentinelle
- § 3 : Awelloul et la météorite de Chinguitti
- § 4 : Sur la route de Tenwemend ou le désert à coeur ouvert
- § 5 : Jwaali … l’interminable combat pour la survie
- § 6 : Lebheir ou la générosité de la terre
- § 7 : Sba’iye, Nterekt…la quête du savoir
- § 8 : Taknez… symbole d’une paisible cohabitation
- § 9 : Enezgar… Jumelle ou Cadette
- § 10 : Ain Savra : la pluie compense ses dégâts
- § 11 : Elmoumeyhatt ou la nuit de l’imprévu
- § 12 : De El moumeyhatt à Aghmourett
- § 13 : D’Oudey Taleb à Erreyth
- § 14 : Le retour en question
- § 15 : La parenthèse
- § 16 : La dernière ligne droite





