Chronique d’un voyage au cœur du désert

Le retour en question

par Cheikhmou

Créé le : 28 mars 2009

chapitre 14

Face à notre angoisse, Idoumou est imperturbable

Vers sept heures du matin, nous prenons davantage d’eau et de provisions et nous quittons dans l’espoir d’arriver à Ain Savra ou à ses environs. Psychologiquement nous sommes préparés à toutes les éventualités. Le plus important cette fois est la gestion de la bonne quantité d’eau que nous avons.

Au départ de Erreyth
Au départ de Erreyth

Face à notre angoisse, Idoumou est imperturbable. Il est d’une assurance qui nous intrigue. Depuis Oudey Taleb, il ne cesse de marteler :
— « on n’aura pas de problèmes ; tout se passera bien ; on ne manquera pas de gas-oil … »

Autant d’expressions rassurantes qui nourrissent notre étonnement et notre incompréhension.

Pour nous, Idoumou s’emploie à rehausser notre moral car objectivement il n’y a aucune chance de trouver du gas-oil. Nous aider à surmonter l’épreuve était absolument nécessaire parce que nous connaissons les conséquences probables d’une telle aventure.

Tomber en panne en plein désert en ces jours de septembre férocements chauds était un risque énorme et comme on devait revenir à Ain Savra dans trois jours, tout retard supplémentaire peut provoquer des recherches et beaucoup de peur.

Un océan de dunes
Un océan de dunes

Me regardant sans cesse, Idoumou cherche à détourner mon attention par des questions d’une autre nature et me faisait remarquer la beauté du paysage de Btah Ewechkech que nous traversons et celle de l’océan de dunes de Tarhe qui se dresse devant nous.

Sachant que les jeux sont faits puisque nous sommes au centre de la tourmente et qu’il faut affronter la réalité du moment, je me décontracte et entame avec lui la discussion.

El Houvra
El Houvra
Houvret Legdeym
Houvret Legdeym

Nous affrontons la Tarhe que nous traversons sans accroc jusqu’à Gueth Brahim, le carrefour, où nous nous arrêtons un petit moment. Pas question de faire du thé encore moins une pause ; tout arrêt est l’occasion de consommation d’eau ce qu’il faut limiter au maximum.

On entendit au loin le bruit de moteurs

Remontant vers Houvret Legdeym, contents d’être à quelques kilomètres d’Oudey Oumjloud où il y a l’ombre des arbres pour se refugier contre la grosse chaleur, on entendit le bruit de moteurs, on s’arrêta pour bien écouter.

C’est incontestable. Soulagement. Plus on avançait, plus le bruit était net, on s’arrêta alors dans l’attente ce qui arrivait.

Pressés de finir avec le suspense, Meimoune grimpe la dune et d’un cri joyeux aux allures de libérateur, il ne cessait de répéter :
— « des voitures, des voitures, des voitures… »

Apparurent enfin trois véhicules.

Ce qu’on prit d’abord pour des touristes se révèlent des véhicules de transport lourdement chargés. Que du gas-oil ! Ce sont des transporteurs qui vont au Tagant. Des jeunes, tous de l’Adrar ; l’un d’eux reconnaît Idoumou qui eut finalement raison de ne pas s’inquiéter.

On acheta avec eux deux cents litres du précieux liquide.

Véritable Baraka.

Celle de Assyetou, la mère de Idoumou profondément maraboutique, ou la sienne. Sans pour autant nier à Idoumou une vertu maraboutique que sa mère lui a peut être transférée, je suis plus enclin à pencher du côté de la maman.

Dans tous les cas, Assyetou ou Idoumou peut importe. Trouver une telle solution à un tel problème en de tels endroits ne peut jamais être simple à expliquer. Terrible chance ou Baraka exceptionnelle, je ne sais point.

Nous retournons avec nos libérateurs jusqu’au carrefour. On leur montra la route du Tagant et leur donnons toutes les informations utiles.

Dans l’euphorie de la joie Idoumou eut une idée : il veut qu’on retourne à Erreyth, prendre Sidi pour aller à Rachid au Tagant où il doit contacter quelqu’un. Nouveau circuit. Grand moment d’hésitation et de réflexion. Sortir juste de cette tourmente doit inciter à courir moins de risque. La discussion fut un peu longue et sereine.

Mesurant l’importance du besoin d’Idoumou qu’il nous a expliqué, on accepta le nouveau circuit et on se dirige vers Erreyth.

Mais Thiam est pressé de prendre du thé. Il faudra traverser la Tarhe avant la grande chaleur qui rend le sable davantage mou et atteindre Btah Ewechkech où il y a des arbres pour faire la pause avant de regagner Erreyth.

Sur la piste du retour
Sur la piste du retour

Chronique d’un voyage au cœur du désert