Le deuxieme voyage

Les retrouvailles

par Bénédicte

Créé le : 15 février 2008

chapitre 1

Pour ce deuxième voyage, j’ai choisi de venir seule, et de marcher jusqu’au campement de Teyekt, où je visiterai l’école et rencontrerai l’instituteur

Dimanche

Survol du désert
Atar vue d’avion
Atar vue d’avion

Entrée de l'auberge Salon

Ma chambre
Ma chambre
Nema
Nema
Bouha faisant le thé
Bouha faisant le thé

Nous survolons de grands fleuves de sable aux affluents innombrables. Deux petits nuages ronds et leurs ombres jouent aux parachutes. Là, une grande arête rocheuse comme l’épine dorsale d’un dinosaure enseveli. Peu avant la descente sur Atar, on aperçoit la forme d’un immense lac blanc, effet de la couleur du sable ou mine de sel à ciel ouvert ?

Pas la moindre ville en vue, pas le moindre acacia non plus. Pourtant, il me semble qu’à cette hauteur, on devrait en voir quelques-uns ; ça y est, les voilà, petits points sombres au creux des dunes. Un voile ocre bouche l’horizon.

Nous atterrissons à Atar. Ce n’est plus la même surprise qu’en mai dernier, ni la même température. Dix-huit degrés, et un vent de sable, comme l’horizon le laissait pressentir. Mêmes portes fermées. Un garde nous distribue une déclaration d’importation de devises, ça c’est nouveau. Puis la ronde des guichets, le troisième occupé par deux personnes, une pour le tampon, l’autre pour inscrire un numéro. Dernier guichet, je m’attends à payer le fameux visa. Le policier lit sur ma fiche : Auberge El Khayma. « Nema ? interroge-t-il, toi Bénédicte ? » Et le voilà qui court prévenir Nema de mon arrivée. Me voilà dehors sans payer mon visa, ni passer par les bureaux de change vers lesquels un autre policier oriente d’autorité tous les touristes. Je salue le grand Nema en boubou bleu foncé et chèche blanc. On ne se serre pas la main, ça ne se fait pas ici.

L’Auberge a déménagé : plus de khayma dans la cour pavée de blanc. Une entrée monumentale sans autre décor que les faïences du sol et un salon en U pouvant accueillir une vingtaine de personnes. Mado est là, comme si on s’était quittées la veille. Elle m’installe dans la plus belle chambre, une grande pièce d’au moins vingt-cinq mètres carrés, garnie de six matelas et d’un lustre dont une ampoule fonctionne. Bonne idée d’avoir apporté ma lampe frontale. J’ai une salle de bain pour moi toute seule : le luxe. Au dehors, on entend de la musique, des bêlements et quelques automobiles.

Un peu perdue dans cette grande chambre familiale, je visite l’étage, le petit balcon surplombant l’entrée, et la grande terrasse où on doit pouvoir dormir l’été. Puis je descends au rez de chaussée, et tombe sur Nema qui boit le thé dans une toute petite pièce donnant sur la cour.

Mado nous rejoint, puis Ely Kori, le chef du campement où je vais séjourner vendredi. Il est vêtu d’un boubou bleu foncé par-dessus un sweet-shirt vert. La conversation est un peu limitée vu son niveau de français et mon niveau d’arabe. Il est venu troquer je ne sais quoi contre une selle de chameau que Nema veut vendre. Ne boit pas de thé – ça l’empêche de dormir- et ne fume pas. On mange tous ensemble dans cette toute petite pièce ouverte sur la cour, un plat de nouilles aux lanières de chèvre. Puis Ely Kori s’en va, sans cérémonie.

Pour ce deuxième voyage, j’ai choisi de venir seule, et de marcher jusqu’au campement de Teyekt, où je visiterai l’école et rencontrerai l’instituteur. Mado m’a fait part d’un nouveau projet : apprendre aux enfants du campement, et aux plus grands s’ils le veulent, des rudiments de français afin qu’ils puissent communiquer avec les touristes et participer aux treks sans rester cantonnés à leur rôle de chameliers sous les ordres des guides. L’enseignement du français langue étrangère, c’est ma spécialité, je pourrai ainsi joindre l’utile à l’agréable.

Le soir après le repas, entassés dans la petite pièce qui sert de bureau d’accueil, on discute. Les gens passent, une cousine de Nema m’offre un collier de perles. Les thés s’enchaînent, chacun a sa cérémonie personnelle du thé, de la lenteur mesurée de Nema, un thé un peu amer comme on l’est tous sans doute un peu à cinquante ans, au geste enlevé de Bouha, le jeune cuisinier de vingt-deux ans au sourire étincelant, avec beaucoup de mousse et beaucoup de sucre.


Le deuxième voyage