Le deuxieme voyage

Marcher dans le désert

par Bénédicte

Créé le : 16 février 2008

chapitre 4

On marche le long d’une barre rocheuse qui s’élève peu à peu jusqu’à une belle hauteur. Du rocher solide couleur de fer, de larges fissures qui pourraient attirer les amateurs de grimpe.

Mercredi

Feu du matin
Feu du matin
La falaise
La falaise

A 9h30 on n’a toujours pas bougé. Lever huit heures pourtant, avec le soleil sur la dune Chou. Ely Kori est parti récupérer les chameaux. Non entravés, ils sont partis très loin chercher de quoi brouter. Quand on aime ses chameaux, pourquoi les attacher pendant la nuit ? Pour le plaisir de partir tôt le matin ? Et partir pour quoi faire ? Parce qu’il faut accompagner une gentille touriste qui a envie de marcher dans le désert ?

Marcher dans le désert juste pour marcher, quelle drôle d’idée… Je les sens un peu déconcertée par l’étrangeté de cette randonnée.

On marche le long d’une barre rocheuse qui s’élève peu à peu jusqu’à une belle hauteur. Du rocher solide couleur de fer, de larges fissures qui pourraient attirer les amateurs de grimpe.

Pourtant en dehors des circuits balisés, on n’a croisé personne depuis hier.

Puis, soudain, un enclos, des chèvres, une tente isolée. Ely Kori propose de s’arrêter boire un thé. Un homme et une femme au regard triste nous accueillent.

campement

Sous la tente Détail du décor intérieur d'une tente
Le bivouac
Le bivouac
Escalade
Escalade
Préparation de la galette
Préparation de la galette

L’intérieur de la tente est tapissé d’un patchwork aux couleurs flamboyantes qui contrastent avec l’austérité de l’extérieur. Sur le sol, des nattes de jonc tressé, d’une propreté étonnante. La khayma est divisée en deux parties symétriques, à gauche la partie privée, avec une tablette sur des pieds de bois sculpté, sur laquelle sont pliées les couvertures pour la nuit. Au-dessous, une malle en métal vert, qui contient toutes leurs possessions. En haut du grand mât est accrochée l’outre en peau de chèvre gonflée de lait de chèvre additionné d’eau. La femme me tend la calebasse. Cette fois je ne résiste pas. C’est délicieux, très légèrement sucré et désaltérant.

Je reprends la route avec mon chameau blanc, en cueillant son herbe préférée au ras du sol, une plante sans épines aux minuscules fleurs mauves ou roses. A la deuxième poignée, c’est le chameau qui s’arrête et penche la tête vers moi pour accélérer le mouvement. Je sens que je vais m’attacher à cet animal.

Sur le chemin, Ely Kori ramasse deux ou trois cailloux, dont un petit silex taillé, « cadeau pour ton fils », dit-il. Je note au fur et à mesure les nouveaux mots sur mon carnet.

Au bivouac, on reçoit la visite d’un jeune homme bien habillé, avec son étui à pipe et une montre électronique qu’il ne sait pas mettre à l’heure. Je m’y essaie, sans grand succès, commence par lui régler l’alarme sur 2h39, réussis à l’annuler, et finis par trouver comment changer les chiffres des heures. Tant pis pour les minutes.

Derrière nous l’immense paroi appelle à l’escalade. Je grimpe un peu pour me rendre compte. Ely Kori me suit, inquiet.

Je le prends en photo au pied de la falaise. Nema m’appelle sur le portable d’Ely Kori pour savoir si tout va bien, si je marche bien cinq ou six heures par jour comme prévu.
— « Pas tout à fait, mais ce n’est pas grave. »

La pause s’éternise. Brahim a mal aux pieds. Il porte des tongs en plastique trop grandes pour lui. Je lui prête mes sandales et des chaussettes. J’espère que cela va le soulager. Il est déjà quatre heures. On attire les chameaux avec des touffes de leur herbe préférée. On se hâte lentement pour le départ.

Le soir, Ely Kori m’apprend à faire la galette : dans une grande bassine, mélanger de la farine, de l’eau et un peu de sel. Ajouter au fur et à mesure et un peu de levure, puis travailler comme une pâte à pain. Laisser reposer une demi-heure. Pendant ce temps entretenir le feu, car il faut beaucoup de braises. Quand c’est levé, retravailler un peu, ajouter de la farine, puis abaisser dans un grand plat. Ecarter les braises avec un bâton et renverser la galette au fond. Recouvrir avec la cendre, puis avec les braises. Laisser cuire trente à quarante cinq minutes (au bout de dix minutes, tourner la galette et la recouvrir de nouveau, puis entretenir le feu dessus).

Bouha fait la cuisine
Bouha fait la cuisine

Pendant ce temps, Bouha épluche les patates pour faire des frites. Je lui donne un coup de main. A neuf heures vingt on attend toujours que l’huile consente à chauffer sur le maigre feu de bois. Depuis que la tente est montée, il n’a pas cessé de s’activer à la cuisine, légumes pour la soupe, puis les frites, no stress, deux heures d’activités pour un repas à quatre. Manque que le steak de chameau.


Le deuxième voyage