Mariem, la fille du Chasseur

par Colette

Créé le : 30 avril 2012

Sophie Caratini

Tout commence par une émission radiophonique, où Marien parle de ses confidences faites à l’ethnologue Sophie Caratini et l’édition de sa propre histoire de fille d’un chasseur.

La fille du chasseur

Sophie Caratani directrice au CNRS, écrivain et anthropologue, est spécialiste de la Mauritanie, comme de tout le Sahara occidental. Elle écrit sur les sujets de ses recherches .

On ne sait si Mariem, la fille du chasseur, s’exprime elle-même, mais toute la finesse de Sophie Caratini le fait croire.

Mariem Compoint, maintenant âgée de 70 ans, parle comme si c’était hier, d’une voix rieuse, toujours jeune et sans regret, sans amertume. Avec l’optimisme d’une adolescente, Mariem raconte son enfance nomade, pour arriver à l’âge précoce, de la femme.

Originaire des environs de Tichit, la Reine du désert, comme Mariem l’entend dire, parce qu’elle est si belle, se dit "reine qui a déposé sa couronne".

Sous forme d’un récit à entendre, nous apprendrons que son père, engagé dans l’armée française comme méhariste, pouvait garder sa famille dans les campements de goumiers [1]. C’est aux environ de 1940, qu’est née Mariem, au sein de cette tribu de chasseurs, éleveurs nomades de chameliers et que Sophie Caratini connaîtra le récit de Mariem.

La coutume veut que la mère accouche dans le campement nomade de sa famille, mais l’enfant s’annonce à dos de chameau et naîtra sur une dune de sable, enroulée dans la melhafa de sa mère. Le père, qui ne peut pas toucher le bébé, n’aide en rien.

Une jeune fille maure, fille de nomades ne pourra pas prétendre à un mariage prestigieux, sinon en se présentant dans une splendeur opulente. Et les critères de beauté passaient par le gavage.

Par chance, Mariem a échappé à certaines obligations ancestrales. Son père, de la tribu Némadi [2], avait rencontré et enlevé sa mère, une Laden, à un puits, d’où l’acceptation d’un choix dans son propre mariage.

Un mariage contractuel à 9 ans et un premier enfant à 13 ans, plusieurs mariages et des divorces...

Marien vit actuellement en France, avec son mari français, avec un pied dans la culture pluri-millénaire et l’autre dans la modernité du monde actuel, toujours avec le même enthousiasme.

Autres livres de Sophie Caratini

Sur le théâtre de la colonisation saharienne, trois types d’homme : le méhariste français, le goumier maure et le tirailleur sénégalais.

  • L’Éducation saharienne d’un képi noir. Mauritanie 1933-1935 - L’Harmattan.

L'éducation saharienne d'un kepi noir

Un de ces orateur, s’essaie à la poésie :

Chaque soir, espérant des lendemains épiques
Ils se groupaient autour du guide énigmatique
Penché sur la rahla de son vieil azouzel
Il leur montrait du doigt les chemins ignorés
On distinguait encore sur le sable doré
S’enfuyant vers le nord une trace nouvelle
 
Lt Aulner
  • Les Rgaybât  [3](1610-1934), L’Harmattan, 1989, 2 vol - Paris, L’Harmattan, 2002

Les Rgaybat

Pour ces 2 livres, Sophie Caratini, qui se documente pour sa thèse, interroge un lieutenant méhariste, qui vers 1933 et 35, participe à la conquête saharienne, puis sera évoquée la vie d’une Mauritanienne et aussi celle d’un tirailleur "sénégalais", toujours de ces groupes nomades qui sillonnaient le Sahara.

  • Les Enfants des nuages, Paris, Le Seuil, 1993

Les enfants des nuages

Journal de la vie quotidienne de Sophie Caratini, en 1974-75 en Mauritanie, pour les recherches de sa thèse : Nouakchott, puis dans une famille de Zouérate et sa mine, puis dans un campement d’éleveurs nomades des Rguibät.

Toujours le même principe de notes prises sur le terrain , lieu de collecte, qui formeront un travail plus littéraire, plus vivant.

Relations entre ethnologie et anthropologie et pour le plaisir

Pourquoi étais-je si attachée à la collection « Terre Humaine » fondée en 1954 par Jean Malaurie, collection d’études et de témoignages ?

Pour le plaisir de voyager, découvrir les pays où je n’irai jamais. Mais surtout pour le plaisir d’une belle lecture, d’une découverte authentique et qu’on peut dater dans l’espace temps.

  • Le désert des déserts, de Wilfred Thessiger, Terre Humaine - 1982.

Le désert des déserts

Naturaliste de formation, mais témoin privilégié, il faut voir, dans les récits de Wilfred Thessiger, un réel ethnographe.

"Avec ses compagnons bédouins, farouches pillards dont il partage une existence sans cesse menacée par des tribus ennemies, il connaît la faim, la soif, parcourt pieds nus sables gelés ou brûlants, véritable chemin de croix menant à la béatitude. Une sorte de blancheur, de pureté virginale illumine ces pages. Thesiger nous fait vivre l’âpre quotidien de ces hommes libres épris d’absolu, délivrant un témoignage unique sur une civilisation bien près de s’éteindre." (préface de Scarbo) - 1978.

Littérature de voyage, qui de par son sérieux, nous convie à des réflexions d’ethnographe en herbe !

  • Le Livre des déserts, sous la direction de Bruno Doucey, Collection Bouquins, chez Robert Laffont - 2006.

Le livre des Déserts

Le livre des déserts : Itinéraires scientifiques, littéraires et spirituels de Bruno Doucey, Alain Morel, Catherine Boudier et Gilbert Conan Daniel Rondeau en parle comme : Une "anthologie nomade", forte de quelque cent cinquante auteurs vient enfin compléter cet ensemble unique sur des pays de soif, de lumière et de conversion à l’absolu.

  • Germaine Tillion, Le harem et les cousins, aux Editions du Seuil - 1966.

Le harem et les cousins de Germaine Tillion

Livre indispensable pour comprendre mieux la civilisation méditerranéenne, et en particulier le monde arabo-musulman actuel. D’une grande socio-ethnologue du XXème.

Toute l’humanité de cette ancienne déportée, se concentrera sur la condition de la femme méditerranéenne. Mandatée par l’OMS, Elle reprendra ses travaux d’ethnologie et effectuera 16 missions en Mauritanie et chez les Touaregs des régions sahariennes.

Citons encore :

  • Pierre Bourdieu et sa période algérienne.
  • l’éternel Théodore Monod, qui encouragera Sophie Caratini.
  • Aline Tauzin, avec Figures du féminin dans la société maure (Mauritanie) chez Karthala - 2001.

Le Second livre, l’anthropologie ou la littérature

L'adieu au voyage

Pourquoi une thèse, après un savant travail d’enquête, est-elle souvent suivie d’un second ouvrage, littéraire cette fois ?

J’ai trouvé une réponse chez Vincent Debaene, dans L’adieu au voyage. L’ethnologie française entre science et littérature, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des sciences humaines » :

Pour notre plus grand bonheur déjà.

Souvent technique, le terrain, lieu de collecte et d’expérimentation, manque de vie.

D’où cette mise en scène des objets et de la vie des sociétés, qui passe par les arts et l’iconographie, ainsi que par les échanges documentaires et médiatiques.

Vie nomade

Voir tous nos livres dans notre Médiathèque : Bibliographie pour amoureux du Sahra

[1] On appelait "goum" l’unité méhariste constituée par des guerriers maures appartenant généralement à des groupes dits "amis", soit en général des personnes issues de régions méridionales précédemment "pacifiées"

[2] les plus grands chasseurs du Sahara - les Nemadi de Tichit, d’Akreîjit ou de Oualata

[3] Rgueibat, Réguibat ou Rguibat - une des nombreuses "tribus" maures du Sahara occidental. Au 19° siècle, les Rgaybat étaient puissants, nombreux et menaient des rezzous...

Actuellement : 1 message

  • Mariem, la fille du Chasseur 28 juillet 2014 08:25, par christine bergougnous

    bonjour I Is laamou malekum,
    Merci pour votre article plus qu’intéressant !!
    voici mes questions :
    comment serait il possible de contacter Sophie Caratini ? Pouvez vous m’aider à trouver son adresse ?
    Ne s’agit il pas de Théodore Monod (et non pas Monnot) ??
    Savez vous où je pourrais apprendre le hassanyia cet été ? (région midi Pyrénées).
    MERCI !!
    bonne journée !!
    christine

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