Chronique d’un voyage au cœur du désert

Sba’iye, Nterekt…la quête du savoir

par Cheikhmou

Créé le : 21 décembre 2008

chapitre 7

La fin de la semaine est consacrée chez les enfants, à l’aide de leurs parents dans leurs activités, à leurs devoirs scolaires mais aussi parfois à la recherche du Dab ou lézard.

Sur notre route en quittant Lebheir, nous traversons « El Maleh », localité du département d’Awjeft, passage obligé avant de prendre Oued Sbai’ye qui s’amorce par un passage sablonneux entre deux grands rochers. Seul passage praticable, la marge de manœuvre y est vraiment réduite. Idoumou, le Maire, qui conduit le véhicule réussit bellement la montée comme pour la descente d’Igargar [1].

Batha de l'Oued Sbai'ye Zone de l'Oued Sbai'ye

La batha de l’oued Sba’iye

Nous sommes sur le plateau et nous apercevons la batha de l’oued Sba’iye bien garnie en arbres malgré la présence notoire des dunes de sable entre lesquelles stagne l’eau de pluie. Des oiseaux s’y reposent et se rafraîchissent. C’est Gueth « Vale » du nom d’une célèbre femme du coin.

Mahfoudh nous suivait depuis notre départ de Legrare avec son radio transmetteur/récepteur

La palmeraie de Mahfoudh
La palmeraie de Mahfoudh

Après deux heures de route, nous arrivons à Nterekt, village de l’oued de Sba’iye où son chef Mahfoudh nous attendait ; il nous suivait depuis notre départ de Legrare grâce à sa radio transmetteur/récepteur.

Avec sa famille vivent trente autres, travaillant dans l’agriculture et l’élevage. Mahfoudh a planté des palmiers [2] et utilise un puits en pierres et une motopompe pour arroser son beau jardin. L’eau y est très abondante, potable et douce. En cette période d’hivernage, comme ses compagnons, il a son champ à Sba’iye et à Taknez.

Le jardin des femmes Puits en branches

Le jardin des femmes et son puits traditionnel

Les femmes ne sont pas du reste. Elles ont leur propre jardin. Jusqu’à présent, il est équipé d’un puits traditionnel en branches d’arbres et l’eau est puisée par les femmes elles-mêmes. Quelle volonté et quel goût pour le travail disais-je discrètement en écoutant la présidente « Dermaze » exposant sur le sujet.

Dermaze, présidente de la coopérative
Dermaze, présidente de la coopérative

Malgré la modestie de leurs moyens, sans grillage pour protéger leur culture, sans moyen moderne d’extraction d’eau, elles ne désarment pas.

La production est souvent moyenne et les légumes non utilisés sont séchés et réservés à la période d’été.

Le jardin de la coopérative
Le jardin de la coopérative

En fin de journée, nous visitons l’école. Ce n’est même pas une pièce en pierres comme dans les autres localités ! C’est une case à l’intérieur de laquelle se trouvent de bonnes table-bancs, un tableau noir médiocre en contre plaqué attaché par des cordes.

Peu importe le local ; l’adage « il faut chercher le savoir du berceau à la tombe » a bien des adeptes ici ; l’essentiel étant d’offrir la scolarité à ses enfants et à n’importe quel prix !

Action louable du reste, en ces lieux difficiles, perdus, sans infrastructures élémentaires ; même pas une cantine scolaire, encore moins de loisirs…

L'école de Nterekt la case école

Bienvenue à l'école Tables et bancs

Bienvenue à l’école de Nterekt

La fin de la semaine est consacrée chez les enfants, à l’aide de leurs parents dans leurs activités, à leurs devoirs scolaires mais aussi parfois à la recherche du Dab ou lézard. Certains d’entre eux y trouvent un goût particulier ; grillade, riz ou gâteau arrosé avec sa sauce sont des plats aimés des enfants et même de certains adultes !

Le lézard - Dab
Le lézard - Dab

La viande riche et délicieuse de ce petit animal est fortement recommandée dans le traitement du diabète. Pour ce faire, la grillade est séchée et écrasée jusqu’à devenir une poudre qui peut être associée à divers repas. La demande en est très forte.

Mahfoud et Isselmou
Mahfoud et Isselmou
Mahfoud est le chef du village de Nterekt

A la tombée de la nuit, la retrouvaille habituelle autour du thé avait lieu. Parmi nous il y avait Isselmou, un grand poète qui nous fera revivre pendant des heures des moments riches de poésie et d’histoire. Les enfants un peu plus loin récitent le coran sous la supervision de la fille de Mahfoudh, derrière eux, des femmes apaisent le troupeau bien dérangé semble-il par la présence d’un chacal affamé comme pour nous rappeler que l’engagement pour la survie et la quête du savoir ne s’arrêtent jamais…

Chèvres à Nterekt
Chèvres à Nterekt

Chronique d’un voyage au cœur du désert

[1] Voir article : La passe d’Igardar

[2] voir article : La palmeraie de Mahfoudh