Le deuxieme voyage

Une journée à ATAR

par Bénédicte

Créé le : 16 février 2008

chapitre 2

Je vais faire un tour du quartier. C’est sale et poussiéreux. Les gens ne font pas attention à moi, me saluent parfois d’un « salam » discret.

Lundi

Une rue dans Atar
Une rue dans Atar
Elikori
Elikori
Le musée d’ATAR
Le musée d’ATAR
Intérieur du musée
Intérieur du musée
Le conservateur du musée
Le conservateur du musée
Hamadi
Hamadi
Un sac de mil pour la chèvre
Un sac de mil pour la chèvre

9h, tout le monde dort encore. Je vais faire un tour du quartier. C’est sale et poussiéreux. Les gens ne font pas attention à moi, me saluent parfois d’un « salam » discret. Partout des hommes plongent dans les moteurs de carcasses d’automobiles qu’ils espèrent encore faire rouler. Sur l’avenue principale, des hommes, des femmes, des chèvres, des ânes.

Vivement la pureté du désert, trois jours de marche avec Elikori et Bouha, qui vont m’apprendre le hassaniya.

Bouha vient frapper discrètement à ma porte pour me dire que le petit-déjeuner m’attend. Il est déjà dix heures. Il me faut apprendre aussi l’art de s’occuper à ne rien faire quand effectivement il n’y a rien à faire. Avec Nema, je pars à la poste, puis à la banque pour changer deux cents euros. Je gagne dix pour cents sur le change à l’aéroport. Puis la promenade s’éternise, de salutations en salutations, d’affaires potentielles en affaires à traiter. Pendant que Nema discute le prix d’un vieux télécopieur, je vais faire un tour au marché où je me fais tout de suite alpaguer par un jeune à qui je refuse de serrer la main.
— « Tu ne veux pas me serrer la main ? »
— « Oui, mais moi je connais la France, je sais que ça se fait là-bas. »

Je détourne la conversation :
— « Vous êtes allé où en France ? »
— « Rennes, Saint-Malo, la Bretagne, je vendais des objets. »
— « Et vous préférez ici ou là-bas ? »
— « La France, mais je pouvais pas rester, à cause du visa. »

Bon, évidemment il a un magasin, évidemment il insiste pour m’y conduire, mais je n’ai pas l’intention d’acheter maintenant. Finalement il m’offre un petit collier porte-bonheur, que je commence par refuser, pensant qu’il va s’avérer payant. Mais non, il m’en fait vraiment cadeau, en souvenir de la Bretagne.

Je rejoins Nema, qui m’emmène au musée d’Atar, touchante compilation de témoignages du passé, qui ne figure sur un aucun des circuits organisés : quatre minuscules pièces, dont une sans lumière, aux murs tendus de tissu rouge. Sur les bancs le long des murs sont posés des objets surmontés d’un panneau explicatif de papier bristol et de quelques photocopies de qualité médiocre. Tenues de mariage, bijoux, jeux, accessoires divers, et dans la petite cour intérieure, silex et bifaces en grès poli datant de 500.000 avant Jésus Christ.

Notre guide bandit fièrement un œuf d’autruche fossilisé. Le « musée » a été créé par quelques enseignants et érudits d’Atar. Ils ont demandé un soutien à l’Ambassade de France et n’ont même pas reçu de réponse. Pourtant, tous ces panneaux sont rédigés en bon français par les élèves du lycée d’Atar. Manquent juste quelques moyens pour rendre l’ensemble un peu plus attractif. En tout cas, sa visite vaut bien celle du souk, prévue dans tous les treks, surtout avec les commentaires détaillés de notre « conservateur », tels qu’il se nomme lui-même.

Retour à l’Auberge pour le repas : chameau grillé aux oignons-frites, excellent. Encore un thé à trois temps. Quatre heures, sieste. Bouteilles d’eau minérale (pour m’éviter le micropur) et sacs de provisions pour trois jours s’entassent sous le préau. Hamadi et Bouha ont fait les courses sur les instructions de Mado.

Tout à l’heure on ira voir les cinq nouvelles chèvres dans les familles, avec le sac de mil que Mado donne pour leur nourriture. Elle en donne un aussi à la fin de l’été, pour remercier les familles responsables d’une chèvre de ne pas l’avoir mangée pendant qu’elle ne donnait plus de lait. Jusqu’ici toutes les chèvres ont survécu, mais le risque est réel.

Le soir, la salle à manger est occupée par un groupe de trois personnes d’une association « machin du désert », dit Nema. Il faut leur faire le couscous. Je pouvais pas refuser à des gens qui viennent ici apprendre aux nomades à se laver les mains, fait-il en rigolant.
— « Ils ont besoin d’apprendre ça, les nomades ? »
— « Quand ils en ont, de l’eau, ils se lavent les mains, le reste moins souvent. Mais l’eau s’achète, et cher. Et quand il n’y a pas d’eau, ben, faudrait leur apprendre comment se laver les mains sans eau… »


Le deuxième voyage